Dichterliebe {Amours blessées}

Dichterliebe {Amours blessées}

Poèmes de Ingeborg Bachmann
Musique de Robert Schumann

 

Argument

Les lieder du DICHTERLIEBE célèbrent la floraison d’un faux printemps amoureux. Poursuivant la veine inaugurée par Schubert dans LA BELLE MEUNIÈREpuis dans le VOYAGE D’HIVERSchumann brode sur l’éternelle complainte du mal-aimé, de laconiques variations à deux voix égales – celle du chanteur et celle, non moins mélodique et non moins éloquente, du piano.

Ce lent naufrage du bonheur escompté, ce voyage désorienté en marge du désespoir et de la folie trouvera un écho sensible dans les LETTRES À FELICIAN d’Ingeborg Bachmann. En vers ou en prose, la musicalité des mots nous entraine dans les fragments d’un discours amoureux à une voix. Écrites en 1945 alors qu’elle avait dix-huit ans, ces lettres d’amour – dont on ne sait si elles sont réelles ou fictives –, hantées par la destruction et la mort, composent pourtant un magnifique hommage à la nature et à la vie, dans leur fugacité même.

Les errances mélancoliques des deux oeuvres se répondent à un siècle de distance pour évoquer l’espoir de l’amour et l’éternelle solitude du poète. Un homme et une femme rendent hommage à la nature et à la vie, dans leur fugacité même et aux prises invisibles d’une destinée tragique.

 

Bible

Avec Sandra Basso (comédienne), Louis de Lavignère (baryton)

Mise en scène, scénographie et costume Olivier Dhénin
Piano Emmanuel Christien
Lumière Anne Terrasse
Régie artistique Thibaut Lunet

 

Les auteurs

Née en 1926 en Autriche, Ingeborg Bachmann est la plus célèbre poétesse allemande du XXesiècle. Titulaire d’un doctorat de philosophie soutenu en 1950, Ingeborg Bachmann commence sa carrière de poète au sein du Groupe 47 qui réunit à la fin de la guerre Günter Eich, Heinrich Böll et Isle Aichinger. Le Groupe 47 soutenait qu’on ne peut construire “un monde nouveau sans un langage nouveau”. Son engagement d’écrivain et de femme fut total et sans concession, cherchant toujours la faille dans l’oppression du monde moderne et l’oppression faite aux femmes. Elle fut très proche de Paul Celan et, comme lui, s’est longuement interrogée sur la possibilité de la littérature après la Shoah. Elle décède à Rome dans un incendie en 1973.

Attiré par la littérature et la musique Robert Schumann commence le piano à neuf ans après avoir assisté à une audition. À vingt ans, il décide d’y consacrer sa vie et prend des cours de piano avec le réputé Friedrich Wieck. Mais avec sa main paralysée, ses espoirs de devenir un pianiste reconnu sont réduits à néant. Il s’oriente alors vers la composition et la critique musicale, fondant sa propre revue : la « Nouvelle Revue Musicale ». À l’époque de son mariage avec la pianiste virtuose Clara Wieck, il crée des œuvres pour piano d’un romantisme passionné.

Plus tard, il se tourne vers le lied, la symphonie, la musique de chambre, l’oratorio et l’opéra. À partir de 1854, les troubles psychologiques qui le tenaillent depuis 1833 le terrassent. Après une tentative de suicide, il est interné à l’asile d’Endenich où il meurt en 1856. Durant ses deux dernières années, Schumann continue à composer lors de ses brefs moments de lucidité.

 

Une lettre…

20 juillet 1945

Chéri, bien-aimé,

Rêvasserie du soir. Je voudrais effeuiller les jours ― les jours révolus et les jours à venir ― et m’en aller vers ton cœur au son d’une mélodie. Douce, elle te serait si douce que tu deviendrais grand et riche, que tu devrais tendre les bras rien que pour tout embrasser.
Divin est l’excès. La musique est hors de portée. Tout autour s’élèvent des voix pour aider à oublier les bruits de fond du jour et à tenir sa tête entre ses mains… que tu puisses écouter, bienveillant, le regard absent ou plongé tout à la fois en toi et dans le ciel.
Le sang se met à couler en toi, en sorte que les soupirs reposent sur tes lèvres et qu’un souffle d’air les emporte, le supplice se déliera pour devenir plus suppliciant encore, le plaisir écumera et fleurira en un débordement de plaisir. Mais au fond de toi le bonheur t’opprimera, le bonheur de tout cela, de toi, de Dieu et moi, de la terre et des vastes cieux, ton cœur s’envole en flammes que tu ne peux étouffer.
Merci, merci !
« Le monde ne connaît d’autres joies pareilles ! »

Œuvre

Représentations

Automne 2018

Durée du spectacle 60 minutes

 

 

Production

Winterreise Compagnie Théâtre 

  • auteur
    Ingeborg Bachmann / Heinrich Heine / Robert Schumann
  • Date
    Automne 2019